Introduction

Une longue histoire !

Le toponyme “Henvic” est composé de deux racines, l’une celte (Hen = Vieux), l’autre latine (vicus = bourg), ce qui laisse supposer que la fondation du bourg est antérieure à l’époque gallo-romaine.

Henvic occupe une position centrale dans cette sorte de presqu’île insérée dans la baie de Morlaix, et limitée par les deux abers de la Penzé et de Morlaix.

Pendant plusieurs siècles on y vécut dans une quasi-insularité et aujourd’hui encore si on demande à un henvicois s’il est léonard ou trégorois, il répond “ni l’un ni l’autre”.

Ci-dessus, le territoire de Henvic , sur la carte de Cassini.

Les communications est-ouest étaient en effet assujetties à des traversées ou “treiz” : celle de la rivière de Morlaix était assurée par une simple barque de passeur à Locquénolé, et celle de la Penzé au “passage” par un bac tiré d’une rive à l’autre par une corde et qui a donné son nom à ce quartier. Par contre, pour des liaisons nord sud l’aber de la Penzé offrait une voie de pénétration aux bateaux qui pouvaient remonter jusqu’à Penzé en profitant des forts courants en période de vives eaux. Mi-marins, et mi-cultivateurs, de nombreux henvicois sillonnaient cette voix naturelle dans des gabares chargées de goémon, de sable et d’amendements marins extraits des gisements de la baie de Morlaix.

Cependant ce n’est qu’avec l’arrivée du chemin de fer et l’implantation en 1883 de la ligne Morlaix Roscoff que commencera le désenclavement et il fallut attendre 1927 pour voir l’édification d’un pont routier sur la Penzé…

Tout au long du moyen âge, Henvic vécut dans la crainte d’invasions ou d’incursions venues de la mer. Pourtant les premières furent pacifiques, avec l’arrivée au 6e siècle de moines venus d’Irlande et du Pays de Galles pour prêcher la religion chrétienne qui se substituera aux cultes païens druidiques. Les henvicois se montrèrent très fervents dans leur piété et le culte des saints, en particulier St Maudez, (St Mandé), auxquelles il consacrèrent de nombreuses chapelles, croix, et oratoires.

Au cours des 9e et 10e siècle, les invasions normandes se manifestèrent par de nombreux actes de piraterie qui obligèrent à la construction de manoirs fortifiés: Le Lingoz et Kistillic sur les rives de la Penzé, et Lézireur  sur les hauteurs de la rivière de Morlaix.

Mais l’insécurité se poursuivit durant plusieurs siècles avec la rivalité des corsaires bretons et anglais. C’est ainsi qu’en 1522 le bourg de Henvic et le château de Lézireur furent rasés par une expédition anglaise. A l’insécurité s’ajoutaient les dures conditions de vie: les familles nombreuses, opprimées par les hobereaux propriétaires terriens, vivaient chichement de cultures vivrières essentiellement céréalières. Les seules industries se limitaient à quelques forges réparties dans la campagne et de petits moulins implantés près des quatre ruisseaux et en bord de mer (moulin du Vaneg)

Aussi la révolution de 1789 fut-t-elle plutôt bien accueillie. Le principal représentant de la noblesse, Pierre de Coëtanlem, ayant accepté sur parole une assignation à résidence en son manoir de Trogriffon.

La révolution industrielle du 19e siècle n’eut que peu d’effets à Henvic, et c’est au 20e siècle que se manifestent les plus grands bouleversements: tout d’abord deux guerres mondiales. La première causera une importante saignée démographique. 58 noms sont gravée dans le granit de son monument aux morts. La seconde sera marquée par une occupation subie, mais non acceptée, et une stèle érigée au pont de la Corde rappelle qu’un courageux henvicois organisa des traversées clandestines de la Manche, transférant en Angleterre de nombreux résistants, agents secrets est aviateurs alliés.

Ci-dessous, uns carte écrite par le Recteur Guillaume Le Jeune à son vicaire durant la guerre 1914 1918.

Une vue du bourg

La rue de la Halte

Entre les deux guerres, l’agriculture henvicoise connut une véritable mutation par la généralisation des cultures légumières. Grâce à la douceur de son climat et au développement des exportations par voie ferrée et maritime, la culture des primeurs, essentiellement choux-fleurs et artichauts, transforma le paysage rural et les habitudes culturales.

Le Croissant, actuellement le café tabac “Chez Steph” 

 

La Rue de la Mairie dans les années 50

Mais les événements qui marquèrent le plus profondément le destin de la commune eurent lieu dans les années soixante. Les paysans henvicois mobilisés derrière leur leader A Gourvennec exigèrent des pouvoirs publics la régulation des marchés agricoles et le désenclavement de la région par l’implantation d’un réseau routier moderne, la création d’un port en eau profonde et d’une compagnie maritime à Roscoff. C’est grâce à leur ténacité et à  leur  sagacité que les paysans Henvicois sauvèrent leur agriculture basée sur des petites exploitations à caractère familial.

Rien d’étonnant donc, si aujourd’hui il fait bon vivre dans ce village soudé par une histoire commune et une solidarité à toute épreuve.