L’enlèvement des cloches

Les cloches descendues durant la Révolution

Un des évènements les plus marquants que vécut cet édifice, dans le cimetière qui l’entourait, s’est déroulé à l’époque de la Révolution. Un véritable épisode guerrier a lieu alors dans notre paroisse, qui vient d’être réunie à celle de Taulé, où le curé constitutionnel Eslien, (les prêtres doivent prêter serment à la Constitution), exige l’expulsion du curé François Prigent, et du prêtre Hervé Hervet, en charge des âmes henvicoises. Menacés, ceux-ci disparaissent, cachés par la population.   

Les henvicois adressent aux autorités, le 22 janvier 1792, une lettre signifiant leur attachement à leur clergé, et expriment leur refus d’avoir recours à ce Sieur Eslien pour baptiser leurs enfants, que celui-ci refuse d’enregistrer sans les avoir baptisés.

Ayant lui-même constaté, en raison des traces laissées au sol, dit-il, “qu’il y a messe tous les jours dans l’église de Henvic”, le curé Eslien demande aux autorités de faire transporter les objets du culte, de la sacristie de Henvic, au District, et d’enlever les cloches.

Le 28 avril, le procureur du District de Morlaix, Claude René Raoul, parti de Morlaix à 6 heures du matin, à cheval, avec deux gendarmes et plusieurs ouvriers, vient chercher les titres et les registres de la paroisse de Henvic, descendre les cloches, et fermer les portes de l’église.Après avoir pris à Taulé le curé Eslien, ils arrivent à Henvic, vers huit heures et demie. Le sacristain, Jean Castel, prétendant ne pas avoir la clef de l’église, on part donc chercher le Maire, Guillaume Bellec, qui demeure à Lézireur. Mais l’épouse de celui-ci déclare qu’il est parti au marché à Morlaix.

Pendant ce temps, les ouvriers ont déjà descendu une des cloches. Mais un attroupement d’hommes armés de bâtons et de fléaux, se fait alors dans le cimetière, autour de l’église. Le tumulte grandit, avec “des cris et jurements énormes, disant que si on enlevait les cloches, et ce qu’il y avait dans la sacristie, dans l’instant, la poussière du cimetière serait teinte du sang humain”. Un groupe d’hommes se met en avant, “jurant, tapant des pieds, grinçant des dents, frappant de leurs bâtons sur la terre et sur les murs du cimetière, exigeant qu’au lieu d’emporter les cloches, il fallait sur le champ remonter celle qui était descendue”.

Deux hommes arrivent à monter dans le clocher, et font redescendre les ouvriers. Ils sonnent le tocsin, ce qui a pour effet d’attirer davantage de monde dans le bourg. La délégation est menacée, et les gendarmes, à cheval dans le chemin qui longe le cimetière, pistolet au poing, crient à la foule en colère, bâtons levés, “qu’ils tireraient sur les premiers qui attaqueraient”. 

Ils sont contraints d’abandonner, mais dès le lendemain, des moyens bien plus importants arrivent à Henvic: “120 gardes nationaux, 120 volontaires nationaux, une compagnie de canonniers, deux pièces de canon, et une brigade de gendarmes”. La municipalité, devant cette force, ne peut plus s’opposer à l’enlèvement des cloches et des objets du culte, et elle devra même payer les indemnités pour le déplacement des troupes.

Nul ne sait ce que sont devenues les deux cloches principales, mais au cours de la rénovation du clocher, la seule qui restait, la plus petite, toujours en place, a été restaurée. Le bois du joug a été remplacé, ainsi que le battant. Les inscriptions qu’on peut y voir, indiquent qu’il s’agit de l’ancienne cloche, fondue en 1764, de la chapelle St Gildas, qui se trouvait sur le bord de la route qui va du bourg au Pont du Vieux Moulin. Une autre inscription indique que le Recteur Eucher Corre en a fait effectuer une refonte en 1932, à la Fonderie de Bretagne, à Brest.  

Cette cloche a sonné à nouveau, le 1er août 2014. On a pu, en effet, entendre le tocsin, lors de la commémoration du centenaire de la déclaration de la guerre 14/18.