Jannet Puill, chanteuse et mendiante

Au milieu du 19ème siècle, on ne parlait pas encore “d’intermittents du spectacle”, et les chanteurs et musiciens locaux devaient être proches des troubadours du moyen âge !

Mais on commence à s’intéresser au chant populaire. Sous l’impulsion de Napoléon III, qui souhaite que soit publié “un recueil général des poésies populaires de la France”, plusieurs érudits collectent et répertorient des chants populaires auprès des interprètes de l’époque. En Bretagne, Théodore Hersart de la Villemarqué, (1815-1895) collecte les paroles et la musique de chants à caractère historique qu’il publie dans le “Barzaz Breiz”.

Dans le Léon et le Trégor, Jean-Marie de Penguern, avocat de Lannion né à Paris, ayant épousé en 1838 une taulésienne, Joséphine de Kerléan, se livre à un travail similaire. Après sa mort, quelque 600 chansons collectées sont déposées en 1877 à la Bibliothèque Nationale.

Dans ce répertoire, il indique que 60 de ces chansons ont été collectées auprès d’un chanteuse de Henvic, Jannet Puill.

Nous ne savons pas grand-chose de cette henvicoise, sinon que  lors du recensement effectué à Henvic, en 1851, Jeanne Puill, âgée de 50 ans, demeure à Kerjestin Uhella. En marge, est inscrite la mention “mendiante”… Elle est l’épouse de Maurice Kerrien 49 ans, journalier originaire de Taulé, qui est lui aussi qualifié de mendiant.

Chanter dans les foires, les pardons, n’est alors pas considéré comme un métier. Cette activité itinérante, soumise aux goûts et à la générosité du public, aux intempéries, et aux règlements de police, est alors exercée par des miséreux. Des feuilles volantes sont publiées, mais dans les campagnes, peu de gens savent lire !

Jannet Puill devait donc avoir une sacrée bonne mémoire pour se rappeler les paroles des ces 60 “gwerz” et “soniou”, dont plusieurs possédaient  un nombre de couplets considérable !.

Les “Gwerz” sont des complaintes remontant à la nuit des temps. Des chansons narratives à caractère dramatique évoquant des évènements historiques, des guerres, des révoltes, des accidents, ou encore, racontant  des sujets légendaires comme des vies de saints, des épisodes miraculeux ou fantastiques (en relation avec la mort, l’enfer…), ou relatant des épisodes de vie, des destinées…

Les “sonioù”, également narratifs, évoquent des thèmes plus légers, traitant de sentiments d’amour, de rêveries, ou de déceptions… Ils racontent des épisodes de la vie quotidienne, des sujets satiriques (vices, moqueries…), Ce sont aussi des poèmes à la gloire de personnes ou du pays.

Le répertoire chanté par  Janet Puill, et collecté par Jean Marie de Penguern